La valise d'Adnihilo

Vous êtes tombés sur un cahier de gribouillages géant, sur un trieur pas rangé du tout, sur une valise dans laquelle on peut trouver à peu près tout, sur un blog en forme de guimauve alimenté par un libraire qui garde la tête dans les nuages.

18 octobre 2009

Le fameux tag, partie 4

(Here is the preface)

Quoiqu’il en soit, je vais devoir m’y faire. Julien est mort, vive Julie ! Le problème est que tout va changer maintenant. Je suis une nouvelle personne, c’est comme dans les films, ceux où le gentil est super balèze et coince les méchants en changeant de nom, d’identité, de vie et même carrément du tout au tout. Arsène Lupin, à côté, c’est de la foutrerie. Pour commencer, j’ai bien envie de faire une petite expérience, voir si j’ai tant changé que ca. Je traverse la rue et entre dans la librairie dans laquelle je bosse. Xavier lève le nez de son livre, la librairie est vide et à en juger par les rayons, il n’y a pas encore eu de livraison.

« _Bonjour. » me dit-il de sa voix enrouée.

« _Bonjour, monsieur. »

Je fais mine de regarder le rayon de littérature scandinave. Il y a quelques mois, avant de commencer ici, j’écumais les librairies et ne demandais que si le magasin me plaisait. Si je ne sentais pas la librairie en question et qu’un vendeur me demandait ce que je cherchais, j’avais prévu la référence introuvable pour m’éviter de répondre quelque chose et d’avoir l’air étrange. Je demandais la Trilogie de Belgrade, de Srbljanovic, et généralement, la librairie n’en avait pas en rayon. Je pouvais même ne préciser que le nom de l’auteur et prétexter d’avoir oublié l’orthographe, ça passait aussi. « Je ne me rappelle plus, mais son prénom, c’est Biljana. » « Ah… Et comment ça s’écrit ? » « … » « … ». Les dialogues étaient assez nébuleux lorsqu’on creusait la question de l’orthographe.

Je m’avance vers le rayon russe et jette des petits coups d’œil discrets à Xavier, toujours plongé dans le livre de Catherine Cusset. Le téléphone sonne et je dois réprimer le reflexe du bras qui part instantanément vers le combiné. J’entends Xavier répondre et je continue de chercher quelque chose qui m’importe peu. Par contre, il n’y a plus de Soljenitsyne, et ça, ça peut poser problème. Il vient de mourir et les gens vont se précipiter dessus. Et je réprime encore le reflexe de dire à haute voix qu’on est en rupture sur Soljé et qu’il faut vite passer commande. Je glisse dans le rayon d’Europe de l’Est où je vois la Trilogie de Belgrade. Mais j’ai ma botte secrète.

« _On peut vous aider, mademoiselle ? » s’enquit Xavier qui referme temporairement Cusset.

« _Je voudrais savoir si Julien travaille, aujourd’hui. »

« _Il n’est pas là le lundi, mais je peux peut-être prendre un message ? »

L’expérience a des résultats surprenants et révélateurs. Je le regarde fixement pour m’assurer que les conclusions à en tirer ne seront pas hâtives et/ou faussées par quoi que ce soit.

« _Dites lui que Julie est passée. »

 

 Je ressors plutôt satisfait. Je suis effectivement une fille, c’est sûr, et à des années lumières du mec que j’étais. Pour le moment, changer de sexe est plutôt rigolo. Je ne sais pas si ça le restera, mais bon. D’ailleurs tiens, c’est vrai, ça, est-ce que je resterais femme longtemps, ou bien est-ce que je rêve, que je vais me réveiller demain redevenu Julien ? Si je redeviens Julien, de toutes façons, je reprendrais ma vie où je l’ai laissée, mais si d’aventure je reste Julie, il va falloir recommencer ma vie à zéro avec changement de bail pour l’appart, embrouilles avec la banque, trouver un nouveau taff, éviter Jack Malone qui va se mettre à chercher Julien partout… Les conséquences seront nombreuses. Je vais peut-être même regretter Julien, mais je devrais faire avec Julie, je ne sais déjà pas comment j’ai changé de sexe, alors pour le chemin inverse je vais certainement devoir ramer. Appeler Mulder. Ou les chirurgiens de Nip Tuck. Les deux, même.

Ma nouvelle cuisse vibre. Je sors mon téléphone de ma poche. Marion m’appelle. Je n’avais pas vraiment pensé à cette éventualité ni prévu quoique ce soit pour lui annoncer que j’étais devenu une autre.

« _Oui… »

« _Euh… Est-ce que Julien est là ? »

Elle a l’air surprise. Ça s’entend. Ou en tous cas prise de court.

« _Pas vraiment… Il est sorti… Il va revenir, mais… »

« _Mais qui a décroché, alors ? »

« _Julie… Oui, Julie… »

« _Et comment vous avez eu son portable ? Son téléphone je veux dire. Enfin, le combiné. »

« _Il est arrivé par…Adrien. Je suis chez Adrien. »

C’est après avoir fini cette phrase que je me suis rendu compte que j’étais très con. Parce qu’évidemment, elle va appeler Adrien après et elle se rendra compte que je lui ai balancé une salade pas fraîche. Quoique de toute façon, si je reste femme, je vais la perdre : on peut pas vraiment dire que Marion soit vraiment ouverte à l’homosexualité. Mais si mon expérience dans le corps de celle que j’ai arbitrairement baptisé Julie tourne en queue de poisson, là, je pourrais confirmer que je suis con. A moins qu’elle accepte de croire que je suis devenue un autre et que je lui ai menti pour ca, mais ça m’étonnerait quand même.

Posté par adnihilo à 15:00 - La poche qui ne sert à rien - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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