La valise d'Adnihilo

Vous êtes tombés sur un cahier de gribouillages géant, sur un trieur pas rangé du tout, sur une valise dans laquelle on peut trouver à peu près tout, sur un blog en forme de guimauve alimenté par un libraire qui garde la tête dans les nuages.

19 octobre 2009

Le fameux tag, partie 5

( préface)

Je repasse devant l’endroit où j’ai passé un bout de nuit au milieu de rien et je me décide à rentrer. Il va falloir que je prenne une douche et que j’explore mon corps, voir si tout est bien différent ou s’il n’y a pas quelque chose de fait à moitié, genre une touffe de poils entre mes seins, et que je dorme. On verra bien demain s’il faut que je m’achète des soutifs et si je vais devoir trouver une explication à refourguer à tout le monde pour expliquer mon changement. Ou si je change tout complètement, si j’en profite pour redémarrer une nouvelle vie, si je deviens lesbienne, si je reprends ma vie d’avant. Quoique le plus simple serait d’avouer que je suis transsexuelle, même si mon opération été discrète et pratiquée à mon insu, comme ça, une nuit. J’imagine assez mal me pointer devant mes parents en mettant sur le tapis qu’à partir de maintenant, ils ont une fille à la place du mouflet qu’ils ont élevé, mais qu’ils se rassurent, je serais un garçon manqué, je continuerais de regarder le foot et je ne lirais jamais autre chose que mes Montherlant et Bret Easton Ellis. Pas Toni Morrisson ni Maupin, je suis un garçon manqué.

 Et revenir au taff en balancant à Xavier et Nathalie que je suis devenu une femme. Le plus crédible serait de dire que j’ai été opéré, comme ça, sur un coup de tête, et d’avouer quelque chose que je n’ai pas fait parce que je n’ai pas compris ce qui s’est vraiment passé. Et faire mal à Marion en lui annonçant ça, mais qu’on peut continuer si elle accepte de devenir homo, je suis ouverte à tout et je t’aime toujours, ma puce (ou que sinon tu peux devenir Mario ?). Le reniement de la famille, la perte de l’amour et le regard des collègues. Le risque est assez grand et la question qui en découle est de savoir si je suis prêt à bafouer la mémoire de Julien, de le faire détester par Julie. Détester est quelque chose d’assez désagréable, en général, surtout quand le sentiment n’est pas réciproque. Je ne parierais pas que ma famille, mes potes et ma femme seraient heureux de me considérer aussi différemment. Parce que si jamais je refais ma vie ailleurs, si Julien se volatilise et que Julie nait ailleurs, à Prague ou Québec, ils garderont tous des souvenirs de Julien, et peut-être vaut-il mieux qu’ils gardent de bons souvenirs plutôt qu’ils vivent avec de mauvais sentiments et impressions. Dans ce cas là, autant partir, refaire sa vie ailleurs. Essayer de voir autre chose.

 On verra bien demain. Si Julie est encore là, elle ira au Québec refaire sa vie. Si Julien est revenu, il ira bosser et recommander du Soljenitsyne que Xavier n’a pas réassorti ; et il appellera Marion. En attendant, on va essayer de dormir un peu.

Posté par adnihilo à 15:00 - La poche qui ne sert à rien - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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