La valise d'Adnihilo

Vous êtes tombés sur un cahier de gribouillages géant, sur un trieur pas rangé du tout, sur une valise dans laquelle on peut trouver à peu près tout, sur un blog en forme de guimauve alimenté par un libraire qui garde la tête dans les nuages.

31 octobre 2009

Tu veux un cornichon ?

Non pas qu'il aime les maths om qu'il s'y remette, mais Adnihilo va mettre les bouchées doubles pour faire coïncider le cinq centième billet et les deux ans de son blog. Même si ca nous rejeunit pas.

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Une couche supplémentaire

Juste au cas où, Le fameux tag , quelqu'en soit le volet, c'est de la fiction.

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30 octobre 2009

Merluchet et Granuchon

Adnihilo n'a rien posté depuis dix jours, et il est tari depuis trois semaines. D'un autre côté, la préparation du cinq centième billet, qui sera le plus important du blog, aspire pas mal de choses, d'une part, et Adnihilo est engourdi de toute activité intellectuelle depuis un mois ou deux.
Il a mis sur pied le Prix du Livre Extraordinaire avec ses acolytes, mais il a du mal à avancer dans ses lectures pour le prix, et pour sacrer un texte. D'un autre côté, trouver une excuse fumeuse mais qui pèse est possible, il a un ordinateur qui agonise, et qui, à la suite d'une altercation avec, marche moins bien. Les ports USB marchent une fois sur deux, la barre de tâche est inactive, le menu démarrer met un quart d'heure à s'afficher, McAffee se complait dans les plantages et le WiFi est toujours aussi constipé.

Pour autant, le blog de la Confrérie est dans le même état, il est en friche depuis dix jours, mais là c'est différent. Une nouvelle fois, Adnihilo a constaté qu'il était le seul à s'investir dedans, même en période de pré-prix, ce qui l'a amené à entamer une grève de critique et d'attendre de voir si les autres vont se bouger. Du coup, ni la critique sur La Confession du pasteur Burg de Chessex, ni celle sur Fado de Stasiuk, ni celle sur Des Hommes de Mauvignier, ni celle sur On ne boit pas les rats-kangourous de Nollet, ni sur les prochaines lectures ne paraitront. Ils n'ont qu'à se bouger, non mais des fois. Ca fait huit mois qu'il fait vivre le blog pendant que ses confrères postent une fois de temps en temps, entre une bière et un folio, y'a un moment où tout faire tout seul devient relou. A la réflexion, Adnihilo peut même gêner la Confrérie en lisant autre chose que les titres séléctionnés pour le prix, voir même s'afficher ouvertement comme un membre en friche, d'une part fatigué de la plume, d'autre part gréviste de l'article.

Pour vous donner une autre stat, même sa plume (à Adnihilo, pas au PC), même ce qu'il écrit pour lui et qu'il destine utopiquement à un éditeur, d'ici qu'il l'envoie, reste en plan. Il a des idées pourtant, de nouvelles plus ou moins longues, voir même de roman, il aurait de quoi taffer comme un ouf pendant quelques années, mais la flême le bride considérablement.
Ceci dit, il se découvre un penchant pour le métal, depuis quelques mois. Depuis détail absurde sur les bords, les découvertes conjuguées de Within Temptation et de Mervyn Peake. D'ailleurs, Within Temptation a battu Mervyn Peake, avant d'appeler de quoi coloniser l'air de l'appartement, qui s'est vu envahi par Blind Guardian, Ensiferum, Him, Theatre of Tragedy, Lacuna Coil, alors qu'Apocalyptica ré-émerge, rabaissant Sirenia comme relégable et Epica comme moins bon que les autres.

Pour ceux qui espéraient trouver une présence féminine dans tout ce bordel, qu'ils se retire le doigt qu'il se foutent dans l'oeil. Après s'être surmotivé pour se planter, Adnihilo a fait passer un amendement. Il n'en parle plus sur sa propre tribune.
Peut-être aussi que du repos serait profitable, certes. Mais il en sort, d'une semaine de repos, le père Adnihilo. Enfin, il verra bien en janvier, voir si la famille se remet de ses vertiges. Au moins, elle reste unie, c'est fort.

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C'est quoi, cette manie de vouloir mettre des titres à tout ?

Adnihilo vient de vérifier quelques détails dans les temps obscurs de la fondation du blog. Au passage, au détour d'une page, il est tombé nez à nez avec le post qui lui a donné l'idée d'ouvrir la troisième corde.
Comme les habitués de la troisième corde ne sont pas ici, forcément, ca perd de son intérêt, mais je crois que je vais le poster partout cet article du coup. Mais du coup, j'ai rien vérifié du tout, encore.

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19 octobre 2009

Le fameux tag, partie 5

( préface)

Je repasse devant l’endroit où j’ai passé un bout de nuit au milieu de rien et je me décide à rentrer. Il va falloir que je prenne une douche et que j’explore mon corps, voir si tout est bien différent ou s’il n’y a pas quelque chose de fait à moitié, genre une touffe de poils entre mes seins, et que je dorme. On verra bien demain s’il faut que je m’achète des soutifs et si je vais devoir trouver une explication à refourguer à tout le monde pour expliquer mon changement. Ou si je change tout complètement, si j’en profite pour redémarrer une nouvelle vie, si je deviens lesbienne, si je reprends ma vie d’avant. Quoique le plus simple serait d’avouer que je suis transsexuelle, même si mon opération été discrète et pratiquée à mon insu, comme ça, une nuit. J’imagine assez mal me pointer devant mes parents en mettant sur le tapis qu’à partir de maintenant, ils ont une fille à la place du mouflet qu’ils ont élevé, mais qu’ils se rassurent, je serais un garçon manqué, je continuerais de regarder le foot et je ne lirais jamais autre chose que mes Montherlant et Bret Easton Ellis. Pas Toni Morrisson ni Maupin, je suis un garçon manqué.

 Et revenir au taff en balancant à Xavier et Nathalie que je suis devenu une femme. Le plus crédible serait de dire que j’ai été opéré, comme ça, sur un coup de tête, et d’avouer quelque chose que je n’ai pas fait parce que je n’ai pas compris ce qui s’est vraiment passé. Et faire mal à Marion en lui annonçant ça, mais qu’on peut continuer si elle accepte de devenir homo, je suis ouverte à tout et je t’aime toujours, ma puce (ou que sinon tu peux devenir Mario ?). Le reniement de la famille, la perte de l’amour et le regard des collègues. Le risque est assez grand et la question qui en découle est de savoir si je suis prêt à bafouer la mémoire de Julien, de le faire détester par Julie. Détester est quelque chose d’assez désagréable, en général, surtout quand le sentiment n’est pas réciproque. Je ne parierais pas que ma famille, mes potes et ma femme seraient heureux de me considérer aussi différemment. Parce que si jamais je refais ma vie ailleurs, si Julien se volatilise et que Julie nait ailleurs, à Prague ou Québec, ils garderont tous des souvenirs de Julien, et peut-être vaut-il mieux qu’ils gardent de bons souvenirs plutôt qu’ils vivent avec de mauvais sentiments et impressions. Dans ce cas là, autant partir, refaire sa vie ailleurs. Essayer de voir autre chose.

 On verra bien demain. Si Julie est encore là, elle ira au Québec refaire sa vie. Si Julien est revenu, il ira bosser et recommander du Soljenitsyne que Xavier n’a pas réassorti ; et il appellera Marion. En attendant, on va essayer de dormir un peu.

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18 octobre 2009

Le fameux tag, partie 4

(Here is the preface)

Quoiqu’il en soit, je vais devoir m’y faire. Julien est mort, vive Julie ! Le problème est que tout va changer maintenant. Je suis une nouvelle personne, c’est comme dans les films, ceux où le gentil est super balèze et coince les méchants en changeant de nom, d’identité, de vie et même carrément du tout au tout. Arsène Lupin, à côté, c’est de la foutrerie. Pour commencer, j’ai bien envie de faire une petite expérience, voir si j’ai tant changé que ca. Je traverse la rue et entre dans la librairie dans laquelle je bosse. Xavier lève le nez de son livre, la librairie est vide et à en juger par les rayons, il n’y a pas encore eu de livraison.

« _Bonjour. » me dit-il de sa voix enrouée.

« _Bonjour, monsieur. »

Je fais mine de regarder le rayon de littérature scandinave. Il y a quelques mois, avant de commencer ici, j’écumais les librairies et ne demandais que si le magasin me plaisait. Si je ne sentais pas la librairie en question et qu’un vendeur me demandait ce que je cherchais, j’avais prévu la référence introuvable pour m’éviter de répondre quelque chose et d’avoir l’air étrange. Je demandais la Trilogie de Belgrade, de Srbljanovic, et généralement, la librairie n’en avait pas en rayon. Je pouvais même ne préciser que le nom de l’auteur et prétexter d’avoir oublié l’orthographe, ça passait aussi. « Je ne me rappelle plus, mais son prénom, c’est Biljana. » « Ah… Et comment ça s’écrit ? » « … » « … ». Les dialogues étaient assez nébuleux lorsqu’on creusait la question de l’orthographe.

Je m’avance vers le rayon russe et jette des petits coups d’œil discrets à Xavier, toujours plongé dans le livre de Catherine Cusset. Le téléphone sonne et je dois réprimer le reflexe du bras qui part instantanément vers le combiné. J’entends Xavier répondre et je continue de chercher quelque chose qui m’importe peu. Par contre, il n’y a plus de Soljenitsyne, et ça, ça peut poser problème. Il vient de mourir et les gens vont se précipiter dessus. Et je réprime encore le reflexe de dire à haute voix qu’on est en rupture sur Soljé et qu’il faut vite passer commande. Je glisse dans le rayon d’Europe de l’Est où je vois la Trilogie de Belgrade. Mais j’ai ma botte secrète.

« _On peut vous aider, mademoiselle ? » s’enquit Xavier qui referme temporairement Cusset.

« _Je voudrais savoir si Julien travaille, aujourd’hui. »

« _Il n’est pas là le lundi, mais je peux peut-être prendre un message ? »

L’expérience a des résultats surprenants et révélateurs. Je le regarde fixement pour m’assurer que les conclusions à en tirer ne seront pas hâtives et/ou faussées par quoi que ce soit.

« _Dites lui que Julie est passée. »

 

 Je ressors plutôt satisfait. Je suis effectivement une fille, c’est sûr, et à des années lumières du mec que j’étais. Pour le moment, changer de sexe est plutôt rigolo. Je ne sais pas si ça le restera, mais bon. D’ailleurs tiens, c’est vrai, ça, est-ce que je resterais femme longtemps, ou bien est-ce que je rêve, que je vais me réveiller demain redevenu Julien ? Si je redeviens Julien, de toutes façons, je reprendrais ma vie où je l’ai laissée, mais si d’aventure je reste Julie, il va falloir recommencer ma vie à zéro avec changement de bail pour l’appart, embrouilles avec la banque, trouver un nouveau taff, éviter Jack Malone qui va se mettre à chercher Julien partout… Les conséquences seront nombreuses. Je vais peut-être même regretter Julien, mais je devrais faire avec Julie, je ne sais déjà pas comment j’ai changé de sexe, alors pour le chemin inverse je vais certainement devoir ramer. Appeler Mulder. Ou les chirurgiens de Nip Tuck. Les deux, même.

Ma nouvelle cuisse vibre. Je sors mon téléphone de ma poche. Marion m’appelle. Je n’avais pas vraiment pensé à cette éventualité ni prévu quoique ce soit pour lui annoncer que j’étais devenu une autre.

« _Oui… »

« _Euh… Est-ce que Julien est là ? »

Elle a l’air surprise. Ça s’entend. Ou en tous cas prise de court.

« _Pas vraiment… Il est sorti… Il va revenir, mais… »

« _Mais qui a décroché, alors ? »

« _Julie… Oui, Julie… »

« _Et comment vous avez eu son portable ? Son téléphone je veux dire. Enfin, le combiné. »

« _Il est arrivé par…Adrien. Je suis chez Adrien. »

C’est après avoir fini cette phrase que je me suis rendu compte que j’étais très con. Parce qu’évidemment, elle va appeler Adrien après et elle se rendra compte que je lui ai balancé une salade pas fraîche. Quoique de toute façon, si je reste femme, je vais la perdre : on peut pas vraiment dire que Marion soit vraiment ouverte à l’homosexualité. Mais si mon expérience dans le corps de celle que j’ai arbitrairement baptisé Julie tourne en queue de poisson, là, je pourrais confirmer que je suis con. A moins qu’elle accepte de croire que je suis devenue un autre et que je lui ai menti pour ca, mais ça m’étonnerait quand même.

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17 octobre 2009

Le fameux tag, partie 3

(La préface est à gauche)

Je viens d’avoir un choc. Mais un gros, à tel point que même l’échelle de Richter ne comporte pas assez d’échelon pour le mesurer. C’est au-delà de toute échelle de mesure, il faudrait en inventer une qui élève n’importe quelle unité à la puissance deux millions.

 Je passais devant la vitrine d’un magasin de déco intérieure et j’ai eu l’impression de voir dans la vitrine un reflet qui n’était pas le mien. J’ai levé les yeux. Il n’y avait personne ni à côté de moi, ni derrière. Et qu’un seul reflet face à moi. Dans mes vêtements froissés et déformés par la nuit, il y avait moi, mais ce n’était pas moi. C’est assez difficile à décrire, à ma connaissance, il n’y a pas eu de cas similaire, où alors, le temps d’une soirée avec deux ou trois plumes.

 J’ai vu quelqu’un, aux cheveux bruns qui retombent sur la nuque, les traits du visage d’une finesse que je n’avais jusque là vu que chez Vermeer ou Vinci, deux yeux verts émeraude effarés par ce qu’ils voyaient, des lèvres fines et qui n’émergeaient plus de ma barbe fournie d’autrefois (enfin, d’autrefois… des vingt cinq dernières années, jusqu’à hier), un nez aquilin incomparable à celui de Cléopâtre parce que personne n’a vu Cléopâtre ; des mains fines et douces sortant des manches de ma chemise sans qu’il y ait de poils qui l’accompagnent, mes bras eux-mêmes devaient avoir été épilés, mais je n’ai pas vu de traces d’épilations ni dans le métro tout à l’heure ni même sur mes bras. Adrien n’a tout de même pas rasé mes bras hier soir en étant complètement beurré… J’ai aussi pu expliquer le changement de mes cuisses et la réflexion que je me faisais, lorsque je plongeais mes mains dans mes poches quelques minutes plus tôt, sur le quai Saint-Michel. Je n’ai pas regardé outre mesure ce qui d’autre pouvait avoir changé. Je m’en rendrais bien compte tôt ou tard. Ce soir, sous la douche.

Et surtout, surtout, sous ma chemise, deux seins avaient poussé pendait la nuit, une poitrine dont je n’aurais pas eu à me plaindre si j’avais été une fille. Ne me demandez pas de les mesurer, j’étais un mec, quelques heures plus tôt, les filles ont peut-être l’œil pour, mais les hommes sont moins efficaces dans ce domaine. J’ai porté mes mains entre mes cuisses. Il y avait comme un vide, quelque chose qui manquait. J’avais un surplus en haut et un vide en bas. Je me disais bien qu’il y avait quelque chose qui clochait, mais comme un con (comme une conne, je devrais dire, maintenant), je mettais ça sur le compte de la gueule de bois.

« _Tout va bien, madame ? » me demande le commercant qui sort fumer sa clope sur le trottoir.

« _Oui, merci »

Décidement, je dois vraiment avoir une gueule de déterré(e) pour que tout le monde me pose la question. J’imagine que maintenant, la première chose à faire va être de consulter un toubib, un spécialiste, carrément. Quoique. Je me vois mal me pointer chez lui en disant « Hier j’étais un mec et en me réveillant ce midi je suis une femme. C’est grave docteur ? ». J’imagine qu’il va me prendre pour un mec un peu taré ou un bon comédien qui essaie de lui faire une bonne blague. Il cherchera la caméra, probablement.

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16 octobre 2009

Non mais ho !

Qu'on ne se trompe pas quand à la première partie du fameux tag, il s'agit là d'une fiction. Comme annoncé avec fermeté dans le post préalable au tag.

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Le fameux tag, partie 2

(La préface est )

Il fait assez moche, dehors. Bon, mais moche. Comme un été par les temps qui courent. Les vendeurs de Gibert Jeune s’activent autour du manque de boulot inhérent à chaque été, un clodo caresse ses chats endormis, deux potes s’esclaffent autour d’un troisième tombé dans la fontaine Saint-Michel… Je vais vers la Seine. Je me fumerais bien une clope. Je plonge ma main dans la poche de mon jean. Quelque chose cloche. Ça ne va pas. Je ne sens plus ma cuisse comme avant. Elle à l’air plus fine, plus douce, plus petite, aussi. Je verrais bien, plus tard, à tête reposée. Et moins douloureuse, aussi.

 Je tire une taffe et me dis que ce serait peut-être une bonne idée d’aller au bistro d’hier, excuser la bande pour tout le barouf qu’on a fait. Ça ne doit jamais être très agréable quand on est serveur d’avoir une bande bruyante et bourrée qui fait son show dans la salle. Je traverse la rue sous le couvert d’un klaxon. Tant pis. En passant devant la fontaine, les amis qui se marraient tout à l’heure ricanent en me voyant passer.

« _Hey, t’as fait une omelette avec tes cheveux ? » se moque le trempé, sorti de son bain improvisé quelques secondes plus tôt.

Je lui tends mon doigt, celui du milieu, le plus grand, sans m’arrêter.

« _C’est pas une réponse de fille, ça, connasse ! » me lance un de ses acolytes.

« _Et en plus elle marche comme un mec… » dit le troisième au reste de sa bande.

 

 J’entre dans le bistro. Le barman ébouriffé lève le regard vers moi sans me reconnaître. Le serveur au poireau me frôle avec un plateau plein d’assiettes vides. Deux amis prennent un café au comptoir en discutant du recrutement du PSG pour la saison prochaine, un couple s’embrasse dans un coin, un autre lit son journal devant une bière à moitié pleine. A la couleur, on dirait bien une Stella.

 Je m’approche du comptoir et m’assied sur un tabouret.

« _Mademoiselle, bonjour. » me lance le serveur sur un ton jovial.

« _Euh, bonjour… » Lui aussi m’a appelé mademoiselle, ils sont tous à côté de la plaque ou fatigués par la semaine, surement…

« _Qu’est ce que je vous sers ? »

Le serveur au poireau sur le nez repasse derrière moi aussi vite que tout à l’heure.

« _C’est vraiment dégueu, ça pue toujours, derrière. » dit-il à son collègue.

« _Encore la gerbe des deux couples d’hier soir ? »

Oups.

« _Justement, monsieur » me lance-je « je viens pour m’excuser du bordel d’hier soir. On avait un peu bu et on était plus très frais. Ni très lucides. »

Aucun des deux serveurs n’a l’air de comprendre, ils arborent tous les deux des visages étonnés comme s’ils réfléchissaient au rapport, pourtant assez simple que je devais avoir avec le groupe beurré de la veille.

« _Mais, vous  avez rien fait, pourtant, mademoiselle… »

« _Si, si, j’ai lancé le concours de pets. Avant les vodkas… »

J’ai vu le serveur au poireau froncer les sourcils, le barman réprimait un petit sourire mignon. Pourtant, ils ne m’ont rien dit, soutenant que je n’étais pas là mais étonnés de voir que je me souvenais de ce que je n’avais selon eux pas pu voir. Je suis sorti du bistro en les laissant bouche bée, et sans être vraiment pourvu d’une débordante envie de rentrer. Je suis bien, à prendre l’air, dehors, et surtout, je veux comprendre pourquoi depuis mon réveil, ce midi, tout le monde m’appelait mademoiselle, alors que jusqu’à preuve du contraire, je suis bourru et barbu. Peut-être aussi qu’Adrien et Chloé ou Mathilde, ou même eux trois m’ont abandonné, endormi, à Saint-Michel, après m’avoir travesti. Travestir quelqu’un en étant bourré serait une prouesse assez incroyable, mais l’alcool peut décupler l’esprit de l’homme, surtout celui d’Adrien. J’essaye d’appeler Mathilde, pour voir, mais c’est une autre voix qui répond. Plus masculine et virile que la sienne, et encore boursouflée de sommeil. J’aurais pourtant juré qu’elle n’avait personne, en ce moment, mais après tout, elle fait ce qu’elle veut, je suis pas son père.

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15 octobre 2009

Le fameux tag, partie 1

(La préface est ici)

Le bruit du métro me réveille. J’ouvre un œil et un mal de dos assez vif m’aide à me redresser. Je ne sais pas de quoi j’ai rêvé, mais ce n’était pas très agréable, il y avait des moutons vampires, des chirurgiens brésiliens, une fontaine à bière et un planeur de l’ONU. J’ai mal au crâne, la gueule de bois, surement. J’ai mal au dos, mais ça, c’est parce que j’ai du dormir sur quelque chose de dur. Une odeur âcre me fusille les narines.

 Quelques secondes plus tard, j’ai enfin réussi à émerger (ou presque) et à acquérir le minimum de lucidité que nécessite le quotidien. Une rame arrive de nouveau. Des gens descendent, d’autres montent. Un vieux monsieur rasé de près regarde avec insistance la mine circonspecte que je dois probablement arborer. Je ne réalise que maintenant que mon mal de dos vient des sièges oranges de la station sur lesquels j’ai dormi plutôt que de mon matelas et de ma couette douillette dans laquelle j’étais persuadé être. Je ne suis pas chez moi, je suis dans la station Saint-Michel.

 

 J’essaie de me souvenir comment je suis arrivé là. Hier soir… avec Chloé et Adrien… le pub dans la rue Saint-André-des-Arts… les bières qui descendaient à une vitesse tellement folle que même le TGV se sentirait minable… les regards noirs des serveurs… Chloé et Adrien qui commencent à danser le rock sur la table voisine, dans la salle vide… Mathilde qui arrive à ce moment là… la bouteille de vodka que commande Adrien… je me sers un verre et me lance cul-sec… Adrien me file quelque chose, mais quoi ?... Mathilde qui finit la bouteille… Chloé qui sort prendre l’air… Le serveur qui nous apporte la note… Mathilde qui lui fait remarquer le poireau qu’il a sur le nez, Adrien qui fait le parallèle avec Rabbi Jacob… Je tends un billet de cinquante à la caisse, on me rend la monnaie… Chloé assise sur le trottoir, pas vraiment en bon état, une bonne galette dans le caniveau… « On va attendre le premier métro. » « Marcher pour ne pas trop vomir »… Passage devant les thermes… Cluny… Le Luxembourg… Saint-Sulpice… le Vieux-Colombier… La rue de Sèvres… le Bon Marché… rue d’Assas… la Seine, mais comment on a fait pour y retourner ?... Saint-Germain… l’Odéon… re-Cluny. Adrien qui arrête un taxi, Mathilde qui monte… et puis… peut-être Chloé aussi ? Ou Chloé sans Mathilde ? Il y avait encore des bouteilles, dans ce périple, je crois… On doit avoir laissé quelques cadavres sur le boulevard Raspail, mais je ne sais plus comment on les a eues… Mais le métro, dans tout ca ? Je sais qu’on est revenus dans le quartier, mais ça n’explique pas tout. Adrien et Mathilde ou Chloé ont peut-être pris le premier. Ils m’auraient laissé là, les salauds ?

 Ça pue vraiment derrière moi, plus que l’odeur âcre qu’on retrouve dans toutes les stations du métro de Paris. Ça sent mes entrailles, il y a même peut-être des grumeaux. C’est dégueulasse. Je me lève doucement, un autre métro arrive.

« _Ca va aller, mademoiselle ? » me demande un homme très classe, engoncé dans un costard qui me couterait deux mois de salaire. Brut.

« _Oui, oui… »

Je n’ai pas compris pourquoi il m’appelle mademoiselle, mais je n’ai pas non plus envie de parler, ça me gonfle. Je ne sais déjà pas ce que je fous là, alors parler avec un mec, ça va bien. Même s’il a des petits airs de Jude Law. Il est pas mal du tout. Il fait un peu surfait, quand même, un peu couverture de magazine, mais un petit tour entre ses draps, je dirais pas non. … Qu’est ce que je viens de penser, là ? A l’instant ?

« _Ca va aller, merci. »

Je m’éloigne en pressant le pas. Enfin, le plus vite possible que je puisse. Je jette un rapide coup d’œil en arrière, Jude Law a l’air étonné. En même temps, j’aurais pas pu l’embrasser avec mon haleine qui doit osciller entre vodka fermentée et vomi sec. Et il va vraiment falloir que j’arrête de penser que je me le serais bien tapé, je suis hétéro, quand même, merde ! Si Marion savait ce que je n’ai pas pu m’empêcher de penser… Mais bon, au pire, on est ensemble que depuis deux ans, elle pourra faire une croix dessus, je suis pas lesbienne. Enfin, pas hétéro. Si, justement, merde, je veux dire pas homo, hétéro, attiré par les femmes. J’ai les pensées bien confuses, décidément. La gueule de bois, sûrement.

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