La valise d'Adnihilo

Vous êtes tombés sur un cahier de gribouillages géant, sur un trieur pas rangé du tout, sur une valise dans laquelle on peut trouver à peu près tout, sur un blog en forme de guimauve alimenté par un libraire qui garde la tête dans les nuages.

03 novembre 2009

La petite tarlouze

Je ne sais pas si vous avez eu vent de l'histoire. Samedi, Auxerre a battu Montpellier, et le milieu relayeur d'Auxerre a semble-t-il provoqué une action litigieuse pendant le match a provoqué l'ire de Nicollin, le président de Monptellier, qui n'en veut pas à l'arbitre "qui a fait son boulot, mais lui (Pedretti), c'est une petite tarlouze".
Sitôt dit, sitôt la presse s'en empare et le taxe, en plus de méchanceté envers Pedretti, d'homophobie. A la réflexion, c'est plutôt la presse qui est méchante avec Pedretti, si on comprend ce qu'elle dit. C'est vrai que c'est pas gentil pour les tarlouzes de les comparer à Pedretti...
Héhé...

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01 novembre 2009

Adnihilo est d'accord pour perdre Jacques, à la condition qu'on nous débarrasse aussi de BHL, sinon, c'est non

Adnihilo s'est remémoré il y a peu le contexte de la mort de Jacques Chessex, qui restera comme le plus grand auteur suisse romand depuis Ramuz.
Imaginez la bibliothèque cantonale d'Yverdon, une foule probablement immense venue boire les paroles de Jacques. Dix minutes après le début de la conférence jaillit de la foule une question sournoise sur l'affaire Polanski, dont, soit dit en passant, je me fous complètement. Sitôt la question terminé, Jacques est terrassé par une crise cardiaque.

Le Comte et moi avons imaginé la suite des évènements. Le journaliste, car dans notre imagination c'en est un,  part trouver BHL en France.
"-Hé, Bernard-Henri, comment il va ton pote Polanski ?"
"-Ben, pas trop mal. La prison, vous savez, c'est la privation de liberté, et c'est honteux, et du haut de ma montagne de pognon qui me sacre comme un membre anonyme de la masse prolétarienne..."
"-Tu te sens bien, Bernard ?"
"-Oui, oui. De la masse prolétarienne..."
"-Même pas un petit malaise ?"
"-Non, non."
"-Pas une douleur quelque part ?"
"-Ben, je me suis coupé hier en rabotant mon lit, mais ca passe..."
"-C'est tout ?"
"-Ben oui, c'est tout."
"-Sûr ?"
"-Mais oui. Bon, donc, la masse prolétarienne..."
"-Eh merde..."

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28 septembre 2009

Putain de bordel de pompe à foutre de merde qui fait des bulles en chocolat poivré !

L'article que je balourde ici avec outrecuidance et absence de justification (mais ca, c'est parce que c'est moi qui décide) a été écrit dans le but d'apparaitre sur la Confrérie des Libraires Extraordinaires et pas ici. Tout bien réfléchi, je me suis concacté pour me demander l'autorisation de faire un copier coller de mon blog à mon blog dans le but de diffuser ledit article, ce qui peut expliquer certaines tournures de phrases, parfaitement crédibles et utiles sur le blog victime de sa première édition, mais moins sur celui là. Mais bon.

"Si vous êtes observateurs, vous vous serez probablement apercu que dans mon précédent article, j'ai collé une quantité industrielle de liens vers un site recensant une grande partie des prix littéraires et que, malgré ces maints renvois, je n'ai même pas pris la peine de mettre ledit site dans les liens de la colonne de droite. Ce n'est pas un oubli.
Non pas que les prix m'agacent, du moins pas autant que José Moore, qui s'occupe de la littérature dans la Gibert Joseph de Vaulx-en-Velin, mais l'alliance du site avec Amazon m'énerve. Pour ceux qui ne sont pas au courant, Amazon fait encore des siennes, allant jusqu'à imposer aux sites qui ont des liens vers eux de supprimer tout autre liens vers d'autres cybervendeurs. Donc, si ce site de prix proposait d'acheter un bouquin sur Amazon, PriceMinister, Ebay, Gibert Joseph, Chapitre ou d'autres sites, le webmaster est contraint de supprimer tout ces liens pour ne conserver qu'Amazon. Or, le site de prix littéraires a bien du être menacé, puisque seul Amazon a survécu sur ses pages.
C'est une sorte de terrorisme commercial, en fait (Le Livraire en parle d'aileurs très bien). La menace planant surtout sur les éditeurs référencés chez Amazon, puisqu'en cas de non-respect de la règle, Amazon retire de sa base de donnée toute référence de l'éditeur dissident. Donc, si tu es éditeur, que tu as des liens vers Amazon et d'autres librairies, tu es contraint de privilégier Amazon, et de signer par la même occasion (moralement ou physiquement, ca je dois avouer que je ne sais pas) un partenariat que tu ne veux pas forcément, d'une part; et de choisir entre Amazon ou la librairie, d'autre part, pris au piège que tu es dans le dilemme et l'ultimatum que de pose Amazon: "C'est le libraire, ou c'est moi".
Mais c'est pas grave, cher éditeur, envoie Amazon péter, tu n'as besoin de rien, et Electre et MediaBase t'ouvriront leur bras !"

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20 septembre 2009

Raspoutine et Anaïs Nin

Le programme télé réserve toujours des surprises, surtout sa couverture. Aujourd'hui, ce n'est plus un scoop, mais je vous le dit quand même, Jean-Luc Reichmann sort avec Mimi Mathy. En suivant dans la rue, pas plus tard que tout à l'heure, un mec pas frais qui visitait en quatre mètres tous les côtés du trottoir avant d'avancer encore juqu'à une destination qui m'est encore inconnue et que je n'ai pas cherché à connaître non plus, j'ai échafaudé des couples ausi bidons que celui là, parce que j'avais que ca à foutre sur le chemin de mon salon, en partant du métro.
Imaginons Lagaf et Laurent Ruquier, Michel Sardou et Valérie Damidot, Camel Ouali et Evelyne Thomas ou encore Jean Claude Dassier et Laurence Ferrari. Sachant que de toute facons, Carla Bruni est la maitresse de tous.

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05 septembre 2009

Beuuuuu... kof kof koaf...

Finir la soirée à la vodka. Offrir l'hospitalité à un pote. S'arrêter pour le laisser se délester de ce qu'il a dans l'estomac. Repartir. Rentrer. Manger. Lui proposer une bassine. Quatre fois. La ranger finalement devant son refus. Se coucher. Penser à la fille. Il est minuit et demie.
Se faire réveiller par des bruits de régurgitation. Evaluer la distance du champ de bataille. S'apercevoir qu'elle ne correspond pas à la distance qui te sépare des toilettes. Se lever en catastrophe. Voir le canapé défait. Se demander où est la première couche. Faire quelques pas. Glisser. Jurer. Obsverver le couloir. Y apercevoir d'autres flaques transparentes. Se laver le pied sous la douche. Rallier la cuisine. Il est deux heures et demie.
Prendre la bassine. La remplir d'eau. Y foutre des éponges. Vaguement penser à la grosse journée qui va démarrer dans sept heures. Apprécier le concert qui résonne dans les chiottes. Eponger dans le salon. Nettoyer le bas de la porte. Nettoyer le haut de la porte. Nettoyer le mur. Eponger dans le couloir. Nettoyer les portes des placards. Nettoyer les plinthes. Nettoyer les barres de seuil.
S'apercevoir que les flaques sur le carrelage des chiottes ne sont pas transparentes. Apprécier leur marron. Soupirer. Tendre une éponge à son pote. Laver le carrelage des chiottes. Nettoyer la porte. Nettoyer les plinthes. Frotter le carrelage. Nettoyer encore. Frotter. Frotter. Ecouter ton pote ne pas en croire ses yeux.
Puis, changer l'eau de la bassine. Recommencer depuis le salon. Puis vider l'eau. Tirer la chasse d'eau. Se laver les pieds sous la douche. Penser à la fille. Penser à la réaction qu'elle aurait eu si elle était là. Penser à sa réaction si tu avais eu des couilles. Y penser brièvement. Entendre ton pote ne pas en croire ses yeux.
Retirer la couverture de laine blanche. Déplorer en silence son caractère sacré. Constater une tâche de vomi. La mettre dans la salle de bain. Retirer la couette de tes jeunes années. Constater une étendue plus coupable que suspecte. Te dire que tu l'as depuis plus de dix ans. La mettre dans la salle de bains. Imaginer que la couverture sacrée ira dans la machine avant la couette de tes jeunes années. Imaginer l'inverse. Entendre ton pote s'excuser. L'écouter s'excuser platement. Ne pas broncher. Constater que la Freebox a été épargnée.
Remplir la bassine d'eau, encore. La poser au pied du canapé. Eteindre les lumières. Essayer de se rendormir.
Il est trois heures du matin.

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01 septembre 2009

Onze

Non pas que je veuille vous faire du mal, mais pas plus tard qu'il y a dix minutes, je suis tombé sur un ancien article dans lequel je parlais des Skyblog, avec un lien qui pointait vers l'un de ces malheureux blogs. Et je suis tombé sur ca.
Je vous laisse savourer, parce que là, c'est génial.

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13 juillet 2009

La substantifique moëlle (Lamartine IV)

Le dernier tome qui va clore ce cycle désopilant vous appartient, camarades, et réside dans vos propres constats, interprétations et conclusions. Non pas que je refuse de l'écrire, mais tartiner un nouvel article pour expliciter la corrélation entre les tomes précédents et mettre en relief mas incohérences, protubérances, pièces manquantes, interrogations insatisfaites me parait superflu. Puisque tout est dit, l'essence du quatrième et dernier tome devrait assurer la jonction entre les précédents, assurer les transitions, ce dont tout esprit normalement constitué peur s'acquitter noblement.
D'autre part, je ne souhaite pas non plus tomber dans la délation ni dans quelconque forme de prosélytisme ou de racolage à ma pensée et mon opinion. Les trois premiers tomes sont là pour vous forger la votre, d'opinion, à partir de constats et d'expériences diverses.
Je ne me défausse pas le moins du monde, mais les conclusions coulent de source...

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12 juillet 2009

Formation (Lamartine, III)

La question du jour concerne le rôle du maitre d'apprentissage, dans un contrat du même nom. Je sais que j'en ai déjà parlé il y a quelque temps à propos d'un autre libraire (qu'au fond je ne méprise pas tant que ca, c'est probablement un professionnel honorable, malgré des lacunes en rapports humaines. Je pense même que j'aurais pu m'entendre avec lui si je n'avais pas bossé sous ses ordres. Mais attention, on s'éloigne de Lamartine, là, parce que le libraire de Lamartine, c'est différent, la preuve !), mais allons y pour un autre tour.

Le maitre d'apprentissage embauche un apprenti, généralement en partenariat avec une école spécialisée qui assurera sa formation théorique et sa préparation à un diplôme plus ou moins éloigné dans le temps. Le rôle de l'apprenti, avant le début de son contrat, étant de se faire embaucher, évidemment.
Par la suite, le maitre d'apprentissage, en général patron de l'équipe voire même du magasin si celui ci est suffisamment petit pour qu'il puisse se permettre d'endosser cette veste supplémentaire, a pour responsabilité de former sa recrue, et intrinsèquement, doit accepter le fait qu'elle débute et ne connaisse pas le métier sur le bout des doigts. En gros, qu'il faut tout lui dire. Mais à partir du moment où il prend la décision de recruter pour former, il doit nécessairement accepter de partir de zéro si besoin est.
Il incombe au maitre d'apprentissage, puisque son statut est à mi chemin entre celui du professeur et celui du patron, et pleinement celui du mentor, de recadrer l'apprenti lorsque quelque chose diffère de l'enseignement transmis (ou en cours de transmission) et d'énoncer clairement les points négatifs en lui donnant les armes pour les contrer et les effacer le plus rapidement et le plus tranquillement possible, la séparation de l'apprenti et de l'entreprise étant le dernier échelon qui suit le point de non retour, lorsque l'apprenti est incontrôlable et est passé outre les énonciations des points noirs et erreurs, recentrages, recadrages, remontrances.
Le délai de deux mois qui est celui de la période d'essai coincidant avec celui de la graduation de la ligne suivante. On peut donc situer le terme de la première semaine de travail dans l'entreprise au premier échelon de cette graduation: "énonciations des points noirs et erreurs", ce terme cachant un simple entretien où la franchise et le concret sont de mise. Par exemple: "Ca, ca  et ca ne vont pas; pour éviter de la voir se répéter, tu dois faire ca, ca et ca." Tout brûlage d'étape etant irresponsable.

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11 juillet 2009

Balise littéraire (Lamartine, II)

Fidèle à ma réputation, je colle à ce post un titre à ma gloire (et vous exhorte à me déifier, aussi).

Il faut, avant toute chose, apporter quelques complément à ce texte divin publié hier.
Pour commencer, Stanislas, dont je tais tout de même le nom, qu'il s'en apercoive s'il me lit, m'avais embauché quelques jours plus tôt, le mois précédent de mémoire, ne me faisant commencer si tard que parce qu'un autre contrat me liait ailleurs, bien que j'eus à l'époque été au chômage technique. C'est un peu compliqué, mais la librairie d'alors étant en travaux, l'ouvrir au public était difficile. Le premier septembre, j'ai donc commencé dans le rayon Vie Pratique, (également appelé Loisirs dans d'autres enseignes qui utilisent ce syllogisme plus adapté au contenu du rayon) regroupant en plus des ouvrages de vie pratique classiques, les guides de voyages, les sciences, développement personnel et les sciences humaines (exception faite de la religion).
Dès mes débuts, je me suis retrouvé seul dans un rayon qui m'était inconnu. En théâtre, je pouvais renseigner n'importe qui, mais le rayon pratique, même hybride, m'était quelque peu brumeux, pour ne pas dire carrément. Comme explicité dans le premier tome du cycle, la reponsable du rayon (qui endossait également la casquette de l'unique vendeuse) était arrêtée pour quinze jours après une complication survenue dans sa grossesse.
La première semaine s'est déroulée normalement, avec prise de repères et adaptation à l'entreprise propres aux débuts de contrats. En parlant de ce détail, j'étais sous contrat d'apprentissage en alternance, co-signé avec une école de librairie dont j'ai déjà parlé sur ce blog il y a quelques temps, avec un rythme s'articulant sur une semaine de cours par mois. C'est important pour la suite, vous allez voir.
La deuxième semaine, en revanche, s'est passée en cours: j'étais encore employé de la librairie mais absent pour la semaine pour une juste cause. J'étais en formation, préparation du diplôme dans laquelle Lamartine devait jouer un rôle prépondérant en me formant, comme stipulé dans le contrat et dans le dossier destiné à la l'école et à la Chambre de Commerce.
M. est revenue le lundi suivant, troisième semaine de mon contrat qui devait en durer cent quatre (donc deux ans) et deuxième sur mon lieu de travail. Semaine également des premiers projets "Demain, on refera la vitrine".
Quant à l'entretien d'embauche, réalisé fin juillet, il s'est déroulé sans accroc, en présence de Stanislas et de M., qui ont du décider d'un commun accord de me recruter. La réponse est intervenue en fin d'après midi, le jour même, sur mon portable.

Le lendemain, je suis allé dans mon école de librairie annoncer la nouvelle délirante aux formateurs et responsables. J'y ai appris que j'étais le deuxième apprenti en deux mois à y passer, et j'ai commencé à me poser certaines questions en voyant quelques soupirs exhaustifs autour de moi.

A la réflexion, je me demande pourquoi Stanislas a pris la décision de me recruter. Il n'a pas du voir grand chose en une semaine puisqu'il n'était pas sur mon dos régulièrement mais que sa présence auprès de moi était somme toute assez sporadique. L'incompétence se voit tout de suite, dès l'entretien, ou si elle est dissimulée, elle devient évidence au terme de la période d'essai, le tout étant de savoir la différencier de l'absence de connaissance qui justifiait ma présence chez eux dans le statut qui était le mien, puisque j'étais la pour être formé au métier.

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10 juillet 2009

L'open space sombre (Lamartine, I)

En préambule, et pour tenir lieu de premier tome, permettez moi de vous soumettre un texte écrit à chaud, il y a deux ans, après mon départ précipité de ladite librairie. Le texte qui suit a été glorieusement rédigé le lendemain.

Laissant le brouhaha propre aux magasins conséquents, je me suis retrouvé comme un con sur le trottoir, en chemise sous les nuages menaçants et gardant dans ma main le papier qui allait assurer pendant longtemps le souvenir amer de ce lundi de septembre qui m’avait littéralement assommé.

 

 

 M. était revenue de son arrêt le matin même. J’avais commencé seul mon apprentissage quinze jours plus tôt, sans celle qui devait me former et pour la première fois, j’allais pouvoir bosser avec la chef de rayon qui devait assurer la partie pratique de ma formation dans le rayon qui m’avait été affecté dès mon arrivée par le directeur suprême de la librairie que tout le monde appelle pourtant plus souvent Stanislas que Monsieur.

            M. m’avait d’ailleurs tout de suite annoncé qu’elle me laisserait faire toutes les manutentions, prenant pour argument –imparable et tout a fait compréhensible- l’enfant qu’elle portait et du mi-temps thérapeutique obtenu suite aux complications qui l’avait tenue éloignée de la librairie deux semaines, et qu’elle me laisserait également démonter seul la vitrine spécialement conçue pour la Coupe du Monde de rugby, ce qui était non physique mais assez pénible tant l’endroit était exigu et tant il ressemblait à une étuve.

 

 J’ai commencé à m’éloigner de la librairie alors qu’il commencait à pleuvoir quelques gouttes, et que selon toute vraisemblance, J. avec qui je devais faire la fermeture le soir même ne devait pas comprendre grand-chose à ce départ précipité.

 

A peine avais-je conclu la vente d’un chef d’œuvre de Guillaume Musso (quel oxymore imparable) que Jean-Philippe, me voyant revenir vers le centre de la librairie où je devais me tenir à la disposition de tout client désorienté, releva le nez du livre d’histoire militaire reçu en office le jour même et du Panzer dans lequel il était plongé.

« _Stanislas veut te voir, il est là haut. »

Cette phrase m’a un peu surpris. Le fait que mon patron veuille voir un apprenti embauché par ses soins n’a rien d’extraordinaire (même si tout dépend de la conception que l’on se fait de l’extraordinaire) ; ce qui a plus retenu mon attention était le lieu où il voulait me voir. Dans son bureau, à sept heures moins vingt, à l’heure où les dirigeants sont partis et où l’étage est désert.

 Stanislas, que je vouvoyais toujours puisqu’il ne m’invitait pas encore à le tutoyer, me fit rentrer dans un bureau qui n’était même pas le sien.

« _Je suis là parce que le directeur ne peut pas te recevoir. »

 

 L’avenue Victor Hugo s’était offerte à moi d’une part et au zombie que j’étais devenu grâce au rendez-vous improvisé quelques minutes plus tôt avec le plus grand désintérêt qui caractérise de toute façon que quartier de Paris pour toute autre forme de vie qui le peuple autre que soi-même.

 

 « _Je peux savoir pourquoi ? » ai-je demandé d’une voix blanche, et espérant naïvement une quelconque explication.

« _Parce que ça ne marche pas. » répondit Stanislas sèchement avec le même désintérêt amorphe que j’allais rencontrer quelques instants plus tard dans la rue et que je lisais avec facilité dans son regard qui avait planté derrière moi, sur le bureau vide d’une personne que je n’avais pas eu l’occasion de voir.

 Le coup de massue que je venais de recevoir sur la nuque me ralentissait considérablement et je peinais à savoir ce que je pouvais faire face à la délirante nouvelle qui venait de s’écraser dans le bureau comme une enclume dans un bol de soupe, ce qui laissait assez de temps à Stan pour fixer toute son attention sur le vide qui béait sur rien et qui conférait à son attitude l’ignominie dont il faisait preuve (pour ne pas dire que c’était complètement déplacé).

« _C’est à dire…Sur quel point… » articulais-je avec la plus grande difficulté du monde.

« _C’est un ensemble, c’est un tout. » me répondit-il sans détourner son regard de sa source d’intérêt dont je ne parvenais pas à distinguer la nature. Cela pouvait être aussi bien un stylo Hachette mal rangé ou une mannequin suédoise nue.

 

 Il pleuvait doucement mais sûrement quand j’ai opté pour un trajet à pied plutôt qu’en métro où je risquais de rencontrer d’autres employés de la librairie avec qui il faudrait probablement parler. Je préférais être tranquille, quitte à être mouillé et bon à essorer en rentrant. Je crois que c’est à ce moment là que j’ai recommencé à penser, et je me suis vite aperçu de quelque chose qui avait bien du l’arranger, principalement pour cette période de rentrée des classes, et donc d’affluence record en magasin.

 

 « _Je vais te demander de signer ça ».

Complètement désarticulé et incapable de penser à long terme (donc, à plus de deux minutes et demi), j’ai donné mon autographe qui pourra revendre cher quand je serais connu sur le papier qui confirmait mon abattement affreux. Stanislas a quitté sa léthargie tout de suite après en me disant toujours plus sèchement qui allait me donner une photocopie de ce magnifique souvenir qu’il penserait sans doute voir sous verre dans mon salon. J’ai essayé de reprendre mes esprits pendant que la photocopieuse fonctionnait. J’ai reçu des mains du patron le papier qu’il me tendait, et n’ai même pas pris la peine de le regarder en détail. J’aurais tellement de temps pour le faire plus tard…

 

 Ce détail dont je me suis aperçu m’a fait regretté de ne pas avoir été plus mordant lorsque Stanislas était en face de moi, le regard dans le vague et l’air ailleurs en plein entretien crucial : j’avais commencé dans cette librairie le premier septembre lorsque M. qui devait me former était partie en congé maladie, et ce coup de balai avait eu le seize, date de son retour, soit juste quinze jours plus tard. J’avais en quelque sorte été un remplaçant. Bon marché puisque un apprenti est payé environ un demi-SMIC, et qu’il revient d’autant moins cher s’il ne reste que deux semaines. Et puis je me suis aussi demandé ce qui était arrivé à l’apprentie que je remplaçais et qui elle aussi avait été virée durant sa période d’essai après une période négligeable.

 

 « _Je vais récupérer le gilet, par contre. » prévint-il dans un excès de matérialisme honteux. J’ai difficilement et symboliquement enlevé la veste verte du vendeur en magasin et lui ai tendu en hésitant à reprendre le badge qui indiquait mon nom.

« _Tu peux y aller. » m’a-t-il répondu en allant ranger la parure verte de la librairie Lamartine qu’il partit ranger pendant que je quittais le bâtiment, en oubliant de saluer Jean-Philippe, qui devait probablement être ou non plongé dans un Panzer.

 

 En rentrant, j’ai jeté un vague coup d’œil sur le papier que j’avais signé au moment ou Stanislas n’avait même pas daigné m’accorder le moindre regard, ni la moindre réponse, le moindre argument et que j’avais gardé dans ma main tout le long du trajet (humide) que j’avais sans doute fait pour la toute dernière fois. « Constatation de rupture du contrat d’apprentissage. »

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